• J'ai vu hier soir une pièce très forte au Théâtre 13 Seine : Andorra de l'écrivain suisse alémanique Max Frisch. La pièce, écrite en 1965 donc vingt ans après la deuxième guerre, est parait-il très connue en Allemagne et peu en France.

    Dans un petit pays comme bien d'autres, un jeune homme sans histoire meurt au nom d'une identité qui n'est pas la sienne (il est donné comme étant juif). Comment cela a t-il pu se produire ? Débute alors une enquête / reconstitution autour de cette mise à mort, à la découverte de ce pays et de ses habitants.

    Les acteurs sont tous excellents (j'ai particulièrement aimé la prestation de Stéphanie Labbé dans le rôle de l'aubergiste) et la mise en scène de Fabian Chappuis vraiment originale.

    Globalement, j'ai aimé mais j'y ai trouvé des longueurs, en tout cas une lourdeur certaine : quel dommage que le texte de la pièce n'aie pas la même force que les vidéos qui sont projetées à intervalle régulier sur les panneaux qui servent de décor à la pièce (pour rendre compte du procès qui a suivi l'assassinat du jeune homme). 

     **********

    Voici la critique du suisse Florent Cosandey (5 août 2006) : elle est un très bon reflet de la pièce.

    Dans Andorra, l’écrivain suisse alémanique Max Frisch met en lumière les mécanismes sournois de l’antisémitisme, ainsi que la lâcheté et les compromissions de ceux qui l’attisent et le propagent. Cette pièce de théâtre en douze tableaux décortique notamment de façon crue le besoin qu’éprouvent les «petites gens» de désigner des boucs émissaires, lesquels deviennent des victimes expiatoires en des temps agités.  

    Andorra est un petit pays imaginaire qui attend avec angoisse l’invasion des Casaques Noires, les redoutables soldats de la dictature voisine. Jusqu’ici, il s’agissait d’un îlot de tranquillité, autoproclamé pur et «vierge de toute culpabilité» par ses habitants. Les façades de leurs maisons ne sont-elles pas blanches comme neige? Ne tolèrent-ils pas chez eux la présence d’un Juif, preuve qu’ils ne sont pas comme les «barbares» d’à côté? Ce Juif, c’est Andri, un jeune homme que le maître d’école aurait, selon la version officielle, courageusement enlevé des griffes du pays des Casaques Noires. Quel acte magnifique, se gargarise la population d’Andorra ! Enfin, jusqu’au moment où la menace d’invasion se précise… Là, la populace se dit qu’il vaudrait peut-être mieux se débarrasser de cet encombrant réfugié, pour ménager la susceptibilité des nations voisines, qui exècrent le peuple juif.

    Seul le père adoptif d’Andri sent que le venin de l’antisémitisme s’insinue doucement mais inexorablement au sein de la population ; le menuisier ne veut pas d’Andri comme apprenti, le soldat lui cherche continuellement noise, le médecin rechigne à le soigner, l’aubergiste à le servir. Un gibet est dressé au milieu de la place. La population ferme les yeux. Le drame paraît désormais inéluctable.

    L’affaire se corse le jour où le maître d’école dévoile la terrible vérité: Andri n’est pas juif mais le fruit d’une relation extraconjugale qu’il eut jadis avec une femme du pays des Casaques Noires. L’enseignant, n’ayant pas eu le courage d’assumer sa liaison impure, inventa de toute pièce la belle histoire du Juif sauvé d’une mort certaine. Or, il est malheureusement trop tard pour arrêter les loups. Andri, à force de subir la vindicte populaire, a totalement intériorisé les caractéristiques indûment prêtées au peuple juif. Il endosse fermement une identité qui n’est en fait pas la sienne et cette «sur appropriation» lui sera fatale le jour où sa terre d’adoption est envahie par les troupes ennemies. Dignement, il décide alors de se livrer à la soldatesque noire, écoeuré par l’attitude hostile de ceux qui désignaient Andorra comme un haut lieu de paix, de liberté et des Droits de l’Homme.

    La force de cette pièce, c’est également de montrer l’absence de mauvaise conscience des Andorriens une fois le sang versé : appelés à la barre d’un procès les uns après les autres, les témoins et les protagonistes du crime relèvent méthodiquement et unanimement la responsabilité de la victime quant à son tragique sort. «Ce n’est pas de ma faute si les choses ont tourné de cette façon», clame l’aubergiste, «Je ne suis pas pour les massacres. Moi aussi j’ai sauvé des juifs, bien que je ne puisse pas les sentir. Et qu’est-ce qu’on a comme récompense? Rien ne les changera jamais.», renchérit le docteur. Le plus franc est finalement le grossier et brutal soldat: «Je reconnais: je ne pouvais pas le sentir. Est-ce que je pouvais savoir que c’en était pas un, tout le monde a toujours dit que c’en était un, et puis d’ailleurs, je continue à croire que c’en était un tout de même. Depuis le début je n’ai jamais pu le sentir, mais c’est pas moi qui l’ai tué. J’ai simplement fait mon service. La consigne, c’est la consigne. Où est-ce qu’on irait, si les ordres n’étaient pas exécutés? Moi, j’étais militaire.»

    Si Andorra constitue une démonstration implacable des mécanismes de l’exclusion et du racisme, il n’en demeure pas moins un formidable appel à la résistance et au refus de l’obéissance aveugle.

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    Prochaine sortie théâtre demain, en principe plus "légère"... 


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  •  Une sortie au Théâtre 13 la semaine dernière pour aller applaudir (avec enthousiasme) les acteurs de la "Compagnie des Moutons Noirs" dans une pièce de Victor Hugo qu'ils ont revisitée pour la rendre plus accessible à tous :

    Ruy Blas

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    et c'est une réussite !

    L'argument

    Don Salluste de Bazan, ministre du Roi d'Espagne exilé à la demande de la Reine (pour avoir fait un enfant à l'une de ses suivantes...) imagine un plan machiavélique pour se venger de celle-ci : il charge son valet, Ruy Blas (secrètement amoureux de la Reine) de se faire passer pour son neveu César qui rentre des Amériques. Ce dernier ne tarde pas à devenir le favori de la Reine et du Roi par conséquent...

    Intrigues, pouvoir, vengeance, amour impossible : tous les éléments du drame romantique sont présents.

    ◄►◄►◄►◄►

    Comment ne pas penser à l'excellente version de la pièce imaginée 40 ans plus tôt par Gérard Oury "La folie des grandeurs" ... ? La compagnie des moutons noirs a d'ailleurs intitulé la pièce "Ruy Blas ou la Folie des Moutons Noirs"...

    ◄►◄►◄►◄►

    J'ai adoré le jeu des acteurs (5 comédiens et 3 musiciens-chanteurs) et leur implication dans la mise en scène absolument désopilante d'Axel Drhey.

    Don Salluste est admirablement joué par Mathieu Alexandre. Celui-ci déborde d'énergie. Il est même allé jusqu'à escalader comme un diable les bancs du théâtre pour arriver jusqu'à... MOI ! en me disant "c'est vous que je viens voir !"

    J'ai été si surprise que je n'ai pas eu la répartie de répondre que j'en étais ravie !

    Le voici au début de la pièce avant sa déchéance, muni de la fameuse distinction de la toison d'or, ordre de chevalerie le plus élevé d'Espagne.

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    Ruy Blas alias César, c'est Julien Jacob, ici avec Roland Bruit qui joue le rôle du Roi (et du muet) avec beaucoup de cocasserie.

    Il s'agit ici de la scène de la collecte des impôts revue et corrigée par Ruy Blas où  celui-ci explique au Roi comment avoir des chaussures qui reluisent...

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    La Reine dans sa robe à crinoline enfilée sur un justaucorps (ce qui permet les changements de rôle rapides) : les acteurs ne sont que 5 pour faire tous les rôles...

    C'est Paola Secret qui tient le rôle,ici avec Julien Jacob.

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    Bertrand Saunier,lui, est Don César.

    Ici, au centre

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    Au bagne, aux Indes...

    Ruy Blas ou la folie des moutons noirs

    Quant aux ministres du Roi, ils sont habilement joués par les acteurs à l'aide de masques.

    Une petite vidéo en prime

    Je pense que la troupe a dû beaucoup s'amuser à répéter la pièce...

    En tout cas, moi j'ai été ravie par cette soirée théâtre.

    A l'issue du spectacle, un spectateur (ou un comparse peut-être ?) a bêlé au lieu d'applaudir. Mathieu Alexandre en a profité pour demander à la salle de faire de même afin qu'une photo soit prise (sans doute pour leur Press-Book) !

    ►◄►◄►◄►◄

    A l'heure où j'écris et après les terribles événements de vendredi dernier, je reçois la lettre d'information du Théâtre 13 : je vous la retranscris.

    Comme de nombreux théâtres publics, Le Théâtre 13 ré-ouvre ses portes aujourd'hui et notre spectacle Ruy Blas sera joué ce soir à 20h. Le coeur encore lourd, tous les artistes et toute l'équipe du Théâtre 13 vous attendent et vous accueillent pour partager ensemble un moment, qui, depuis vendredi, a pris une résonance particulière. Un moment de théâtre, un moment de vie. Certains y verront un acte de résistance, d'autres une évidence. Pour nous ce sera un geste : un sourire qui vaudra bien le reste. Un simple sourire face à l'adversité, face à la peine et à l'atrocité. Un sourire pour dire au monde et se dire en face, que malgré la peur, ce soir et tous les autres, chacun sera à sa place : vous dans la salle, nous sur la scène et dans les coulisses. Vivre ainsi un de ces moments que nous chérissons tant et qui font que nous sommes libres, unis et vivants. Pour que la vie ne s'arrête pas et que le spectacle continue...

    Vous venez ?

    Axel Drhey et Les Moutons Noirs
    Colette Nucci et toute l'équipe du Théâtre 13


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  • Ce week-end, nous sommes allés au théâtre voir "L'Avare" au Théâtre Michel : une pièce très bien critiquée par Télérama et donc une double référence. Beaucoup d'enfants dans la salle puisque cette tragi-comédie de Molière est accessible dès 9 ans (avec quelques explications peut-être car le vocabulaire du XVII ème siècle n'est pas toujours usité de nos jours...).

    L'avare au Théâtre Michel

    Le théâtre se situe près des Grands Magasins, au 38 de la rue des Mathurins : il s'agit d'une adorable petite salle à l'italienne pouvant accueillir 300 spectateurs et qui avait fait le plein pour l'occasion.

    L'avare au Théâtre Michel

     A l'ouverture du rideau, le ton est donné : un décor uniquement constitué de quelques meubles recouverts de housses grises et des acteurs tout de gris vêtus... Rien n'a l'air de respirer ici la joie de vivre : nous sommes dans la maison d'Harpagon, un riche vieillard malheureusement atteint de la triste maladie que l'on nomme AVARICE...

    Ainsi s'adresse-t-il à son valet, La Flèche, qu'il soupçonne de l'avoir spolié...

    Harpagon : Attends. Ne m'emportes-tu rien ?
    La Flèche : Que vous emporterais-je ?
    Harpagon : Montre-moi tes mains.
    La Flèche : Les voilà.
    Harpagon : Les autres.
    La Flèche : Les autres ?
    Harpagon : Oui
    La Flèche : Les voilà.
    Harpagon : N'as-tu rien mis dedans ?
    La Flèche : Voyez vous-même.

    L'avare au Théâtre Michel

     Harpagon (il tâte le bas des chausses de son valet) : Ces grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des choses qu'on dérobe ; et je voudrais qu'on en eût fait pendre quelqu'un.

    La Flèche : Ah ! Qu'un homme comme cela mériterait bien ce qu'il craint et que j'aurais de joie de le voler !

    L'avare au Théâtre Michel

    Ses enfants ?

    Il leur destine un bien triste destin : pour sa fille, Elise, un vieux mari (le Seigneur Anselme) ne réclamant pas de dot... et pour son fils, Cléante, une certaine veuve dont on lui a dit du bien.

    Quant à lui, il envisage un remariage avec Mariane, une jeune et jolie jeune femme (qui se trouve être l'amante de son fils Cléante...).

    Harpagon avec Elise et Cléante

    L'avare au Théâtre Michel

     Mariane, c'est cette jolie jeune femme dont Frosine, une intrigante qui compte "vendre" ses services à Harpagon (elle ne le connaît sans doute pas assez...), lui a vanté la beauté et le désintéressement, espérant bien retirer de l'affaire de quoi rembourser une lourde dette...

    Le metteur en scène, Jean-Philippe Daguerre, l'a affublée pour l'occasion d'un turban de cartomancienne ainsi que d'un costume fort coloré et il lui a prêté des paroles (tenant du borborygme) absolument irrésistibles tout en respectant bien sûr par ailleurs le texte de Molière.

    Frosine assiste ici à la rencontre entre Mariane et Harpagon en présence de Cléante.

    L'avare au Théâtre Michel

    Un autre moment fort de l'histoire : quand Maître Jacques, à la fois cocher et cuisinier d'Harpagon, (voyez jusqu'où va l'avarice de ce dernier...) se fait rosser par celui-ci pour lui avoir dit ce qu'on disait de lui en ville.

    "Vous êtes la fable et la risée de tout le monde, et jamais on ne parle de vous, que sous les noms d'avare, de ladre, de vilain, et de fesse-mathieu".

    J'ai appris à cette occasion que tous ces noms sont synonymes d'avare !

    Valère, l'intendant d'Harpagon amoureux d'Elise, qui par intérêt abonde toujours dans le sens de son maître, ne perd rien pour attendre : c'est lui que Maître Jacques accusera d'avoir volé la cassette d'Harpagon...

    L'avare au Théâtre Michel

     Le vol de la cassette ?

    La dernière scène réunit à ce propos tous les personnages de la pièce autour du Commissaire convoqué par Harpagon pour confondre le voleur.

    Mais qui est donc ce Seigneur Anselme qu'Harpagon destine à Mariane ? Le mystère ne sera révélé qu'à la toute dernière scène de l'Acte V... Un rebondissement qui propose une "Happy End" à la pièce. 

    L'avare au Théâtre Michel

     L'avare au Théâtre Michel

    Une pièce interprétée avec beaucoup de justesse, d'enthousiasme et de professionnalisme par les acteurs de la Compagnie "Le Grenier de Babouchka".

    A l'issue du spectacle, les acteurs ont eu la gentillesse de dédicacer l'affiche du spectacle.

    C'est ainsi que j'ai obtenu la signature de Didier Lafaye (Harpagon), de Grégoire Bourbier (le Seigneur Anselme) et de Flore Vannier-Moreau (Mariane).

    L'avare au Théâtre Michel

    Sympa !


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  • Hier soir, j'étais au Théâtre 13. Avant la représentation, les acteurs de la troupe du Chat Foin sont venus sur scène et nous ont lu un communiqué en rapport avec les événements de ces jours-ci : je vous le transcris ici.

    Mesdames, Messieurs,

    Il est des soirs où il est plus difficile de monter sur scène que d’autres, de donner du sens à ce que l’on fait quand autour de nous il n’y en a plus. 

    Au nom de la compagnie du Chat Foin et de toute l’équipe du Théâtre 13, nous ne pouvons pas démarrer cette représentation sans vous dire ces quelques mots : 

    Notre démocratie a été visée en plein cœur. 
    Nous étions tous des enfants de Charlie. 
    Aujourd’hui nous sommes tous Charlie. 

    La liberté de la presse est un pilier de notre République Française. Nous sommes tous choqués, atteints, meurtris : 12 morts et 66 millions de blessés graves. 

    La presse est libre, nous sommes libres. 

    Cultivons-nous. Sortons de chez nous. Soyons fermes et insolents. 

    Les têtes vides sont prêtes à recevoir l’endoctrinement et la bêtise. L’imbécillité est le terreau de la peur. Et la peur nous rend fou. C’est ce que nous dit Labiche dans l'Affaire de la rue de Lourcine. 

    Alors, continuons. 

    L’humour est le dernier rempart contre la bêtise. Et comme disait George Tabori « « Le rire est la seule chose qui reste après la catastrophe. »

    Moi aussi ce soir je me sens solidaire des journalistes de Charlie Hebdo... non pas tant parce que je lis ce journal régulièrement (ce serait mentir : je l'ai peut-être acheté 3 fois dans ma vie.) mais plus parce que rien ne peut justifier de tuer son semblable, surtout pas au nom d'une soit-disant religion.

    Et pourtant j'ai ri à ce vaudeville drôle et féroce d'Eugène Labiche.

    C'est l'histoire d'un lendemain de fête très arrosée : Lenglumé, un riche rentier parisien, se réveille avec la gueule de bois et découvre avec stupéfaction qu'il n'est pas seul dans son lit... Il identifie rapidement son autre occupant : il s'agit de Mistingue, un ancien camarade de promotion ayant assisté, tout comme lui la veille, à un repas des anciens de l'Institution Labadens.

    La femme de Lenglumé, ignorante de la sortie nocturne de son mari, leur lit le lendemain un fait divers dans un journal qu'elle croit être du jour, relatant le meurtre d'une jeune charbonnière ayant eu lieu pendant la nuit. Mais en réalité, le journal (qui a servi à envelopper le pot à tabac qu'elle a acheté pour offrir à son mari à l'occasion de sa fête) date d'une bonne trentaine d'années...

    Le quiproquo repose sur le fait qu'un parapluie vert à tête de singe et un mouchoir marqué d'initiales ont été retrouvés près de la victime : or Lenglumé a égaré son parapluie vert et Mistingue a perdu son mouchoir ! De plus, les deux lascars ont retrouvé des boulets de charbon dans leurs poches : de là à penser qu'ils sont les assassins, il n'y a qu'un pas que les deux compères franchissent allègrement, prêts à tout pour camoufler leur crime.

    Si j'ai bien aimé le jeu des acteurs, la mise en scène de Yann Dacosta m'a parfois dérangée comme cette première scène qui se passe dans une boîte de nuit, à grand renfort d'une musique qui fait mal aux oreilles : bien sûr, il s'agit d'évoquer la nuit d'orgie des deux copains mais elle m'a semblé outrancière.

    Quand à la lutte qui oppose Lenglumé à Mistingue à la fin de la pièce, elle se passe dans une fontaine représentant le milieu social dans lequel le premier évolue mais franchement ces ébats au milieu d'une piscine ne me semblent rien apporter à la pièce ! Autant j'avais aimé l'utilisation de l'eau dans la mise en scène de Christine Farré pour Camille Claudel, autant je la trouve ici déplacée.

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13

    Les goûts et les couleurs...

    Il reste que l'on passe un excellent moment en compagnie d'une troupe d'acteurs qui semble prendre beaucoup de plaisir à nous divertir : n'est-ce pas là l'essentiel ?

    Guillaume Marquet dans le rôle de Mistingue et Benjamin Guillard dans celui de Lenglumé

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13

     Jean-Pascal Abribat campe un Cousin Potard franchement drôle.

    Sa prestation en slip fait bien rire le public.

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13

    Hélène Francisci dans le rôle de Norine, la femme de Lenglumé

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13

     Justin : c'est le domestique. Il est joué par Pierre Delmotte.

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13

    Pas ou peu d'extraits vidéos sur le net : dommage...

    L'affaire de la rue de Lourcine au Théâtre 13


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  • Hier soir, nous étions à nouveau "A La Folie Théâtre", petit théâtre parisien situé rue de la Folie-Méricourt dans le Quartier Saint-Ambroise. J'ai découvert ce petit théâtre il y a tout juste deux mois grâce à une invitation de la Mairie de Paris : nous y étions allés applaudir deux très bons acteurs dans Georges Dandin de Molière (pour relire le post, cliquer ICI).

    Cette fois-ci, c'est gentiment invités par la chargée de communication du Théâtre, Jennifer Evans, (qui apparemment a apprécié mon post, ce qui m'a fait très plaisir...) que nous avons choisi de venir voir "Camille Claudel", pièce mise en scène par Christine Farré (qui joue également le rôle de Camille). Elle est accompagnée sur scène par Jean-Marc Bordja dans le rôle d'Eugène Blot - fondeur de la sculptrice - et par Nicolas Pignon dans le rôle d'Octave Mirbeau, le journaliste et critique d'art : tous deux étaient de grands admirateurs de Camille Claudel et des amis sincères qui l'ont toujours soutenue.

    L'affiche du spectacle

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    Si j'étais allée au cinéma, j'aurais pu écrire que

    Christine Farré crève l'écran !

    Mais... je n'aurais pas senti cette proximité avec l'actrice qui n'est donnée qu'au théâtre et tout particulièrement à celui-ci puisque la "Petite Folie" ne compte que 49 places disposées sur quatre gradins. Autant dire qu'on peut presque toucher les acteurs... et qu'ils nous touchent d'autant plus en retour.

    Au premier plan, les coussins du premier gradin et juste derrière, la scène et le décor de la pièce

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    Quand la pièce commence, Camille Claudel est jeune et en pleine possession de ses moyens. C'est une jeune femme riante et enthousiaste, pleinement épanouie par l'exercice de son art : on le voit dans son attitude mais aussi grâce à la correspondance qu'elle échange avec Rodin et ses amis, critiques de l'époque.

    Lettre d'Eugène Blot à Camille Claudel (3 septembre 1932) : Camille Claudel ne l'a jamais reçue...

    « Un jour que Rodin me rendait visite, je l’ai vu soudain s’immobiliser devant ce portrait [L’Implorante], le contempler, caresser doucement le métal et pleurer. Oui, pleurer. Comme un enfant. Voilà quinze ans qu’il est mort. En réalité, il n’aura jamais aimé que vous, Camille, je puis le dire aujourd’hui. […] Oh ! je sais bien, Camille, qu’il vous a abandonnée, je ne cherche pas à le justifier. Vous avez trop souffert par lui. Mais je ne retire rien de ce que je viens d’écrire.
    LE TEMPS REMETTRA TOUT EN PLACE
    . »

    Jean-Marc Bordja et Nicolas Pignon sont très présents dans cette partie de la pièce, lisant avec talent les courriers adressés par ses amis à Camille puis, progressivement leur rôle s'efface et ils deviennent eux-mêmes spectateurs de la déchéance de l'artiste.

    Nicolas Pignon à gauche et Jean-Marc Bordja à droite

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    Commence en effet alors la lente agonie de Camille dont ses amis reconnaissent le génie créateur mais qui se heurte à un art qui coûte cher en matériau et à des commandes souvent payées avec retard, ce qui va l'entraîner, sa séparation d'avec le Maître aidant, dans une descente aux enfers et la conduire à l'enfermement en asile psychiatrique (elle restera pendant 30 ans à Montdevergues, près d'Avignon, jusqu'à sa mort en 1943...).

    Christine Farré habite intensément le rôle jusqu'à parfois ressembler aux sculptures de Camille.

    Ainsi prend-elle avec beaucoup de force la pose pour imiter cette tête de vieil aveugle chantant dont l'esquisse est affichée sur scène. En effet, on apprend que Camille Claudel créait souvent à partir de son vécu : ainsi avait-elle aperçu depuis sa fenêtre un groupe d'enfants venus écouter un vieil aveugle jouant du violon...

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    La scène finale est particulièrement poignante quand l'actrice n'hésite pas à s'enlaidir en s'enduisant de glaise et en se vêtant de lambeaux pour incarner la folie de Camille, telle "Clotho", l'une des trois Parques que celle-ci a sculptées en 1893 pour incarner la vieillesse.

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    L'actrice (qui incarne ici la folie de Camille) devient la sculpture...

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    Nous avons été très sensibles au talent de Christine Farré. Elle et ses deux compagnons de scène ont été très applaudis même si... nous n'étions qu'une bonne dizaine de spectateurs à avoir le privilège d'assister à ce spectacle : et pourtant, qui dit petit théâtre dit parfois grande interprétation...

    Camille Claudel à La Folie Théâtre

    Courez-y vite : la pièce, jouée depuis le 5 septembre se termine le 29 novembre !

    Inutile de vous dire que nous avons aimé la pièce "A La Folie" !


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