• Le château de Victorine de Chastenay à Essarois

    Au programme de l'Office de Tourisme de Châtillon pour ce "Mardis Découvertes", la visite du château et de l'église d'Essarois (à une trentaine de kilomètres au sud-est de Châtillon) puis celle de la Chartreuse de Lugny dans la même direction.

     Le château d'Essarois est privé mais Jenry Camus, notre guide pour cette visite, a obtenu de son propriétaire de nous en ouvrir le parc afin de nous raconter l'histoire de sa plus célèbre occupante, Victorine de Chastenay, mémorialiste de la Révolution et de l'Empire.

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    La légende dit qu'étant petite Victorine faisait de la balançoire sur la branche de cet arbre... Aujourd'hui, ce sont les enfants du château qui s'amusent à rouler dans cette étrange structure !

    Autour de : 11 août 2015

    Louise-Marie-Victoire de Chastenay, qu'on appella toujours Victorine, est née à Paris le 11 avril 1771. Son père, Erard-Louis-Guy, Comte de Chastenay-Lanty, épouse en 1770 Catherine-Louise d'Herbouville qui, comme son nom l'indique, est d'origine normande.

    La famille est de petite noblesse même si celle-ci est très ancienne (on trouve mention d'un de Chastenay dès 1190). C'est ainsi que, conformément à un usage alors fréquent dans la noblesse de province, Victorine fut destinée à recueillir la succession d’une abbesse et à bénéficier d’une prébende : elle devînt Abbesse d'Epinal et eût ainsi le privilège d'être appelée "Madame", même sans s'être mariée. Cependant sa carrière d'abbesse tourna court avec la Révolution...

    Demeurée dans sa famille, elle y reçoit une éducation soignée et une instruction très poussée qui fît d'elle une véritable intellectuelle. Ayant lu "Les rêveries du promeneur solitaire" de J.J. Rousseau, elle devient passionnée de botanique jusqu'à publier en 1802 trois volumes d'un "Calendrier de flore" (Etude de fleurs d'après nature).

    On n'oublia pas la musique dans son éducation : élève de Maître Séjean (organiste à Notre Dame de Paris) et de Madame de Genlis (gouvernante des enfants d'Orléans), elle côtoie le Duc de Chartres (futur Louis-Philippe) et sa sœur, Madame Adélaïde...

    Bref, une vie agréable pour Victorine qui est assoiffée de savoir. Mais la Révolution va bouleverser la vie de la famille de Chastelay...

    En juin 1792, son père doit fuir Paris où il était venu siéger aux États Généraux : la famille se réfugie près de Rouen chez la sœur de la Comtesse de Chastenay ; elle y reste deux ans avant de devoir quitter la Normandie pour se replier à Châtillon-sur-Seine dans la demeure familiale.

    Victorine écrit : "On nous aimait à Châtillon. Mon père avait secouru les pauvres et rendait service à tout le monde ; ses opinions avaient toujours été patriotiques et sages."

    Malgré cela, son père est dénoncé comme ennemi de la Révolution et mauvais patriote. Arrêté le 14 juillet 1794, il est enfermé à la Conciergerie tandis que la mère de Victorine, malade, est internée à l'hôpital. C'est donc Victorine, devenue chef de famille, qui se démène pour sauver son père : elle prend pour avocat Pierre-François Réal qui fait acquitter le Comte de Chastenay le 20 septembre 1794.

    Victorine de son côté a également été emprisonnée - 19 jours - dans l'Auditoire Royal, aujourd'hui bibliothèque de Châtillon-sur-Seine.

    Elle écrit : "Les insectes les plus horribles prirent, sans m'occuper davantage, entière possession de ma personne : je me crus la rougeole, après la première nuit, tant les puces m'avaient piquetée. Ce fut mon état pendant toute ma prison."

    Balade autour d'Essarois : 11 août 2015

    Si Victorine de Chastenay a eu de nombreux prétendants, elle ne se mariera pas et préférera entretenir une abondante correspondance avec Pierre-François Réal, l'avocat de son père, qui malheureusement était marié et avait deux enfants. Elle fut sans doute sa maîtresse même si elle s'en défend dans ses mémoires : « En 1800, dit-elle, je me voyais l'objet d'une passion brûlante : celui qui l'éprouvait avait auprès de moi tous les droits. Réal avait été le défenseur de mon père au tribunal révolutionnaire, sauveur de la fortune de mon frère et de toute ma nouvelle famille - celle de sa belle-sœur -, je lui devais tout et ma tendre et profonde amitié lui rendait tout ce qu'il était permis à mon cœur d'éprouver."

    Dans le Calendrier de Flore, elle écrit à une amie, Fanny - qui dissimule Réal - et fait passer, sous ce déguisement, de tendres propos.

    Portrait de Pierre-François Réal par Charles Willson Peale vers 1824

    Balade autour d'Essarois : 11 août 2015

    En mai 1795, elle rencontre le général Bonaparte (en visite chez son ami Auguste Viesse de Marmont, voisin des de Chastenay). Même si elle fut flattée plus tard du souvenir que le grand homme garda de leur rencontre, elle n'en n'aima pas pour autant le personnage : elle refusera d'ailleurs une place de Dame d'honneur de l'Impératrice Joséphine que, pourtant, elle apprécie.

    Sous le Directoire, bien introduite par Réal, elle participe à la vie mondaine parisienne.

    C'est la fameuse époque des incroyables et des merveilleuses... et elle écrit : "Les jeunes gens faisaient couper leurs cheveux à la Titus ; les femmes les bouclaient d'après les bustes antiques. Une mousseline légère avec un nœud de ruban composait une parure exquise, et il n'y avait que de vieilles femmes très maussades qui regrettassent la poudre, les poches et les souliers à grands talons."

    Elle est invitée également à toutes les fêtes données par Barras en son château de Grosbois et elle a ses entrées auprès de Fouché, grand ami de Réal et de Barras : le couple Fouché n'allant jamais au spectacle laissait sa loge à l'Opéra ou au Théâtre français à la famille de Chastenay...

    Elle connut bien Chateaubriand et fréquenta régulièrement la Vallée-aux-Loups, Corvisard (qui soigna ses parents), Arago et Cuvier dont elle suivit toutes les conférences et elle fut l'amie et la protectrice de Valentin Haüy, le créateur de l'Institut des Jeunes Aveugles. Parmi les femmes, notons, Madame de Genlis, Madame de Staël, Joséphine de Beauharnais, Madame Tallien.

    Bref, elle connut ce qu'on peut appeler "du beau monde" !

    Elle connut l'Empire mais accueillit avec joie le retour des Bourbons. Toutefois, les de Chastenay, déçus par le nouveau régime (la délation était à la mode...), se réfugient de plus en plus souvent à Châtillon-sur-Seine.

    De 1816 à 1818, Victorine publie ses mémoires qui couvrent toute sa vie jusqu'à l'arrivée de Louis XVIII en 1815.

    La famille de Chastenay revient à Paris avec l'avènement de Charles X, puis c'est au tour de Louis-Philippe d'Orléans (son ancien camarade d'études) de régner.

    Elle en dit ceci : "S'il m'était permis de dire toute ma pensée, j'avouerais que le Duc d'Orléans n'avait pas reçu de la nature infiniment d'esprit, que son instruction n'était peut-être ni assez philosophique ni assez profonde et qu'il n'était resté, malgré son âge, qu'un prodige d'éducation, ce qui ne fait pas tout à fait un grand prince".

    Ça, c'est dit, au moins !

    Entre 1830 et 1834, elle perd successivement ses parents et son frère, puis Réal, et doit renoncer à la lecture en 1835 car elle est perd progressivement la vue. Malgré tout, elle continue à écrire mais ses écrits sont illisibles.

    Jusqu'à la fin de sa vie, elle restera la Bonne Dame d'Essarois : elle aide les pauvres, enseigne aux enfants et gère son domaine. En 1835, au lieu-dit La Cave, des ouvriers découvrent des ruines d'édifice. Victorine de Chastenay fait entreprendre des fouilles à ses frais : il s'agit d'un sanctuaire gallo-romain dédié à Appolon Vindus, Dieu de l'Humanité. Elle fait don des nombreux ex-votos mis à jour à la bibliothèque de Châtillon-sur-Seine. Ils sont exposés aujourd'hui au Musée du Pays châtillonnais.

    photo musée

    Sur le même site en 1789, des ouvriers travaillant pour son père avaient découvert un mystérieux coffret : ce coffret d'alchimiste, appelé à tort coffret des templiers, fut acquis par le Comte de Blacas, ministre de Louis XVIII. Il se trouve aujourd'hui au British Museum mais le Musée du Pays châtillonnais en possède une copie.

    Victorine de Chastenay décède le 9 mai 1855 en sa maison de Châtillon-sur-Seine. Sur sa tombe, elle ne souhaitait qu'une seule inscription : transiit bene faciendo (elle a passé en faisant le bien).

     Voici l'église du village dans laquelle elle et sa famille sont inhumés.

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    Sous le porche de l'église,un vitrail commémore les morts de la Grande Guerre.

    Balade autour d'Essarois : 11 août 2015

    A l'intérieur, Jenry Camus nous parle des faits de résistance qui s'y sont déroulés lors de la deuxième guerre.

    « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone... ».

    A l'annonce de ce message sur Radio-Londres, les maquisards de la région se regroupent dans la forêt de Châtillon. Mais l'endroit de leur rassemblement est vite découvert par les 2000 soldats de la Wehrmacht lancés à leur poursuite. Sur les 500 maquisards, 37 furent abattus, certains dans des conditions abominables. Cinq d'entre eux furent emmenés à Essarois, sauvagement torturés puis exécutés d'une balle dans la tête : c'est le cas, entre autres, du Docteur Robert que la ville de Châtillon a voulu honorer en lui donnant le nom d'une rue.

    Je ne passerai désormais plus dans cette rue sans un souvenir à ce héros de la résistance.

    Autour de : 11 août 2015

    Le chœur de l'église est séparé de la nef par une très jolie grille en fer forgé.

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    Les tombeaux de la famille de Chastenay sont situés dans une petite chapelle attenante au chœur et sont surmontés de leur blason.

    Autour de : 11 août 2015

    Le blason se décrit ainsi : "d'argent à  un coq de sinople, couronné, crêté, becqué, barbé et membré de gueules, ayant la patte droite levée, accompagné de trois roses du même, deux en chef, une en pointe."

    Cela vaut quelques explications, non ?

    Le sinople est une couleur d'émaux : le vert. Le terme membré de gueules signifie que l'émail des pattes et des cuisses était d'une couleur différente de celle du corps. Gueule est la couleur rouge en l'héraldique. Sur une sculpture cependant, soit la peinture a été effacée soit elle n'a jamais été présente comme c'est probablement le cas ici.

    Balade autour d'Essarois : 11 août 2015

    Voici la pierre tombale de Victorine de Chastenay. Celle-ci repose à côté de sa belle-sœur.

    On peut y lire : "Dieu l'avait douée du cœur le plus tendre, le plus charitable, de l'âme la plus élevée. Elle fut par les agréments de l'esprit, par le charme des talents, par l'étendue du savoir, une des femmes illustres de son temps."

    Autour de : 11 août 2015

    Jenry Camus nous explique qu'il existe beaucoup de sources dans les environs et nous montre les deux lavoirs du village.

    Celui-ci, qu'on appelle le lavoir-fontaine se trouve au centre du bourg. La pierre de la fontaine devrait être remplacée prochainement car elle est en mauvais état...

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    Le lavoir de la GrandFontaine" est situé un peu en dehors du village et a la particularité de posséder, à côté, un grand bassin destiné autrefois à rouir le chanvre.

    Autour de : 11 août 2015

    Il est alimenté par la source "Crévelot" qui provient du parc du château.

    Autour de : 11 août 2015

    Autour de : 11 août 2015

    Bravo à Monsieur Camus pour cet exposé fort intéressant !


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