•  Hier, j'étais invitée par l'Université Paris-Diderot, dans le cadre des "Entretiens des Grands Moulins" à aller assister à  un entretien entre Bartabas et Francis Marmande, précédé par la projection du film "La voie de l'écuyer" que Bartabas a réalisé à partir du spectacle qu'il donne dans la Grande Ecurie du Château de Versailles chaque week-end et que je vous conseille fortement d'aller voir.

    Le film dure une bonne heure mais à regarder le ballet des chevaux et des écuyères, la musique de Bach aidant, celle-ci passe comme une lettre à la poste.

     Propos de Bartabas 

     "Demander souvent, se contenter de peu, récompenser beaucoup : là réside le secret de laisser le cheval frais, sur une bonne impression pour la leçon suivante."

     "Pour moi, il n’y a pas de transmission du savoir équestre sans développement d’une sensibilité artistique. C’est pourquoi, ici, l’apprentissage du dressage se conjugue avec la pratique de la danse, du chant, de l’escrime artistique ou du Kyudo…"

     C'est en effet à un spectacle varié donné par les écuyers et l'écurie de l'Académie que nous avons assisté pour notre plus grand plaisir. Pour votre gouverne, le Kyudo (littéralement la voie de l'arc) est un art martial japonais issu du tir à l'arc guerrier.

      Anecdote 

    Le manège de la Grande Écurie a été conçu comme un décor de théâtre avec, en clin d’œil à la Galerie des Glaces, les lustres en verre de Murano et les miroirs où chevaux et cavaliers se reflètent à l’infini. La simplicité des matériaux, l’assemblage de poutres et de planches rappellent les constructions éphémères de Versailles autrefois. Cette architecture légère et mobile est inspirée par le théâtre Farnèse de Parme.

    Les écuries ont été aménagées en tenant compte de l’harmonie des volumes, des contraintes liées au fonctionnement de l’Académie et du bien-être des chevaux. Les box ont remplacé d’anciennes stalles : ils sont très simples, élégants et spacieux et surmontés d’éclairages verticaux torsadés, une référence contemporaine aux licornes.

     Après le film, Bartabas s'est exprimé (plus qu'il n'a répondu aux questions de Francis Marmande !) car... il est très loquace quand il s'agit de parler de son art et de l'Académie équestre. Celle-ci a été fondée en 2003 et les spectacles qu'elle donne restent inchangés au fil des années, même s'ils évoluent bien sûr parallèlement au travail des écuyers.


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  •   Toujours dans le cadre du tricentenaire de la naissance de Diderot, l'Université du même nom proposait hier la projection du film de Robert Bresson "Les dames du bois de Boulogne". La séance était présentée par deux spécialistes du XVIIIème siècle, Pierre Chartier et Yannick Séité.

     
    22 - Les dames du bois de Boulogne - Bresson

    Le film dont les dialogues ont été écrits pas Jean Cocteau est inspiré de l'épisode le plus long et le plus fameux du livre de Diderot "Jacques le fataliste et son maître". L'adaptation de Bresson choisit de "moderniser" le récit en lui donnant pour cadre le Paris contemporain (le film a été tourné pendant la grand guerre : automobiles, téléphones, ascenseurs, costumes, cabarets), ce qui à la fois souligne la modernité de Diderot et l'intemporalité des questions soulevées par le récit.

    L"histoire

      Un soir, Hélène apprend de son ami Jacques que son amant Jean ne l'aime plus. Blessée, elle décide de rompre la première et feint alors de ne plus l'aimer pour voir sa réaction. Elle comprend aussitôt avec horreur qu'il est soulagé par cette révélation mensongère. Ils se séparent, mais Hélène décide de se venger. Agnès, la fille de Madame D., est danseuse de cabaret depuis la faillite de sa mère. Hélène paie leurs dettes, installe mère et fille dans un appartement de Port-Royal et organise la rencontre de Jean et d’Agnès au Bois de Boulogne. Jean s'éprend d'Agnès. Celle-ci repousse d'abord ses avances, puis tente de lui avouer son passé mais sans succès, car Hélène continue de tirer les ficelles...

     Maria Casarès joue le rôle d'Hélène tandis que celui de Jean est tenu par Paul Bernard. C'est l'époque des bibis, des manchons et des petits chiens qui vont avec... On les voit ici tous les deux au bois de Boulogne lors de la rencontre soit disant hasardeuse entre Jean et Agnès qu'Hélène a en réalité machiavéliquement imaginée et soigneusement organisée.

     22 - Hélène et Jean

     Elina Labourdette est Agnès : ici, elle voit Jean pour la première fois.

    22 - Agnès

     Le rôle de Madame D., la mère d'Agnès, est tenu par Lucienne Bogaert.

     22 - Agnès et sa mère

    Ce sont donc ces quatre personnages qui vont tenir la scène pendant presque tout le film, un film tourné en noir et blanc avec des éclairages superbes qui mettent en valeur la beauté sauvage d'une Maria Casarès morbide (elle est tout habillée de noir) et celle plus juvénile et innocente d'Elina Labourdette.

    Agnès se trouve mal après la cérémonie de son mariage avec Jean...

    Du grand art, non ?

    22 - Agnès et Jean

     Une petite vidéo pour vous donner envie d'acheter ou de louer le DVD...


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  • Hier, nous sommes encore allés au cinéma et nous avons ENCORE vu un excellent film ! On en parle moins que d'Intouchables dans les médias et il fait sûrement moins d'entrées au Box Office car il s'adresse plus particulièrement à une catégorie de population bien précise : les seniors (dont nous faisons maintenant partie...)

     La salle en était remplie !

     9---affiche-et-si-on-vivait-tous-ensemble.jpg

    Le réalisateur, Stéphane Robelin, a fait fort en réunissant sur un même plateau 2 grandes vedettes du cinéma international : Géraldine Chaplin et Jane Fonda. Celle-ci fait d'ailleurs son retour sur la scène française après 40 ans d'absence.

     9---Jane-Fonda-et-Geraldine-Chaplin.jpg

     Ajoutez à cela 3 grands acteurs français : Claude Rich, Pierre Richard et Guy Bedos et vous avez un cocktail détonnant de septuagénaires !

     Annie, Jean, Claude, Albert et Jeanne sont liés par une amitié de plus de 40 ans. Ils se réunissent d'ailleurs régulièrement autour d'une bonne table comme ce jour où ils fêtent l'anniversaire de Jean. Et c'est justement Jean (Guy Bedos) qui lance au cours du repas une petite phrase qui va faire mouche : "et si on vivait tous ensemble ?"

     9---Les-3-hommes.JPG

     L'idée ne fait cependant pas l'unanimité : Annie, sa femme, jouée par Géraldine Chaplin, n'y est guère favorable car elle et Jean coulent tous les deux des jours heureux dans leur confortable pavillon de banlieue. Mais petit à petit, l'idée fait son chemin car Claude (joué par Claude Rich) est malade du coeur et Jeanne (Jane Fonda) se sait condamnée par une maladie grave. Plutôt que de devoir partir en maison de retraite, les cinq compères emménagent bientôt dans le pavillon de Jean et d'Annie.

     

     Dirk, (joué avec beaucoup de finesse par Daniel Brühl), les observe au quotidien : il a été engagé comme "doggy-sitter" pour s'occuper du chien d'Albert (Pierre Richard), le mari de Jeanne, qui souffre d'Alzheimer. Mais il est aussi un peu le confident des uns et des autres : c'est un jeune allemand très réservé (beaucoup moins extravagant que ses colocataires) qui prépare sa thèse d'ethnologie en France car sa petite amie est française... Une chance inespérée pour lui que ce vivier humain qui lui est servi sur un plateau...

     

     Une comédie qui traite du vieillissement avec beaucoup de tendresse.

     Nous avons bien aimé.


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  • Je sais parfaitement que vous n'allez rien découvrir en lisant ce post mais, ma mémoire me jouant parfois des tours..., j'ai envie de laisser dans ce blog une trace de la séance de cinéma à laquelle nous avons assisté hier.

    10- Affiche-du-film

    Intouchables : pourquoi ce titre peut-on se demander ? Le film, très touchant par ailleurs, n'a pas vraiment répondu à la question que je me posais et il m'a fallu aller sur internet pour m'apercevoir que nous n'étions pas les seuls dans ce cas... La meilleure réponse sur les forums que j'ai consultés est sans doute celle-ci : intouchables parce que tous deux parias de la société, à l'image de cette "non-caste" indienne appelée "les intouchables" ou encore "les dalits". Ci-dessous, un article de "Courrier international" daté du 5 septembre 2011 qui en dit long sur ce sujet...

    Dans le Tamil Nadu, au sud de l'Inde, les dalits (intouchables) continuent d'être discriminés par les castes supérieures malgré des années de mobilisation, révèle The Hindu dans son édition du 3 septembre. Au village de Perali, on leur interdit de circuler à vélo dans les rues où résident les castes supérieures, sous peine d'insultes et de menaces. Même le facteur, un intouchable, doit descendre de vélo pour y apporter le courrier, précise le quotidien de Madras. "A l'échoppe de thé, les intouchables ont des bancs et des verres réservés, différents de ceux utilisés par les autres clients", explique un ouvrier agricole. 

    L'"intouchabilité", pourtant abolie par la Constitution de 1950, est loin d'avoir disparu. Considérés comme impurs et polluants, les dalits, qui représentent 17% de la population indienne (170 millions d'individus), sont souvent maintenus en marge de la vie collective.

    Le message d'Olivier Nakache et d'Eric Toledano devient plus clair à la lumière de ce rapprochement : Philippe Pozzo di Borgo (joué par François Cluzet), tétraplégique à la suite d'un accident de parapente, et Driss (joué par Omar Sy) sont tous deux des exclus de la société, l'un parce qu'il est handicapé et que le handicap n'est pas, à priori,  la meilleure carte de visite en notre bas monde..., l'autre parce que cet ex-délinquant vit aux crochets de la société. Pas de quoi faire de ces deux personnages les héros d'un film à succès... Et pourtant c'est bien cela que les deux réalisateurs ont réussi à faire ! La recette leur en a sans doute été donnée par Philippe Pozzo di Borgo lui-même : ne jamais sombrer dans le misérabilisme mais traiter le sujet du handicap avec humour.

    Quelle leçon de courage il nous donne !
    10 - Dans les rues de Paris

    Epatant !

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  •  Nous sommes allés cette semaine, sur l'invitation de Télérama, assister à la projection d'un film de Mosco Boucault : "Roubaix commissariat central". Pour l'occasion, la Scam (Société Cicile des Auteurs Multimédia) accueillait Télérama en son siège du 5, avenue Vélasquez à Paris 8ème : les beaux quartiers voisins du Parc Monceau, l'un des trois grands parcs de Paris conçus sous le Second Empire.

     Roubaix-commissariat-central-2.JPG

     Mosco Boucault a passé 6 mois au sein d'un commissariat de Roubaix, suivant chaque jour pour France 3 les enquêteurs dans diverses affaires dites courantes (un différend familial, une tentative de vol avec violence,  un incendie criminel, la fugue d'une jeune adolescente, un viol dans le métro) et il a suivi plus particulièrement l'enquête menant à l'aveu (en direct devant sa caméra...) d'un crime crapuleux par deux jeunes femmes paumées.

     Ce qui est extraordinaire dans ce reportage, c'est qu'on oublie presque totalement qu'il ne s'agit pas d'une fiction tellement la caméra se fait discrète et tellement les sujets sont forts. On se surprend même à éprouver de l'empathie pour les deux jeunes criminelles tellement le réalisateur nous fait partager leurs émotions lors des différents interrogatoires ainsi que lors de la reconstitution du crime...

    Mosco Boucault n'en n'était pas à un coup d'essai avec ce reportage commandé par la chaîne de télévision publique. Plusieurs années auparavant, il avait déjà enquêté dans des commissariats et réalisé deux documentaires : en Côte d'Ivoire "Un crime à Abidjan" et à Philadelphie "La fusillade de Mole Street". Les protagonistes étant noirs, il a éprouvé le besoin de tourner en France et a choisi Roubaix du fait du fort taux de criminalité qui y règne quotidiennement. Il choisit le commissariat du Commissaire Abdelkader Haroune dont le Préfet du Nord lui dit : "allez-y, vous verrez la vraie France".

    Le commissaire Haroune dans son commissariat

     Roubaix-commissariat-central_modifie-2.jpg

     Mosco Boucault explique sa technique de reportage :

     « Les autorisations écrites ne suffisent évidemment pas. Il faut pouvoir aller partout, sans qu'on vous dise que vous gênez. Voilà pourquoi j'ai tourné seul. Le matin, j'arrivais au commissariat en même temps que les policiers et le soir j'en partais avec eux. Sans doute se sont-ils sentis l'objet d'une attention inhabituelle. J'étais sûrement aussi une bouffée d'air frais pour eux, qui côtoient à longueur de journée des menteurs, des escrocs, des violeurs... »Quant aux suspects, la présence d'une caméra les aide bien souvent à tenir le coup. « A Abidjan, un policier qui torturait un gamin me l'avait fait comprendre. Il m'a demandé de partir : "Vous êtes l'ONU pour lui. Tant que vous serez là, il ne parlera pas." Devant un objectif, les suspects sont plus forts. Lorsque, dans la courée, le lieutenant Auverdin interroge Stéphanie, il s'interpose entre elle et moi, pensant qu'elle ne parlera pas tant que je serai à la portée de son regard. Alors, évidemment, je me suis déplacé pour retrouver son visage dans le cadre. »

    Le film a été diffusé pour la première fois seulement 5 ans plus tard, après qu'ait eu lieu le procès en cour d'assise des deux accusées, pour ne pas influencer le jury. Coupables du même crime (l'assassinat d'une vieille dame, Micheline, leur voisine de courée, suite au vol de produits ménagers), l'une des deux jeunes femmes, Stéphanie, très jolie mais qui apparait plutôt déterminée et froide, a "pris" 13 ans de prison, l'autre, Annie, plus masculine et surtout plus fragile psychologiquement, nous touche davantage. Elle a écopé de 22 ans. Pas juste, le jugement !

    Mosco Boucault est allé en prison montrer son film aux 2 détenues qui l'ont bien accueilli. Il nous a dit que la prison les avait déjà beaucoup changées : sans drogue et sans boisson, leur santé est meilleure.

    Un film dur mais extra-ordinaire

    PS : Télérama nous a invités après le débat à un super cocktail !

    Nous qui pensions manger un croque monsieur au troquet du coin...


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